Journée particulière et touchante, ce vendredi 21 septembre 2007 : les nouveaux résidents du centre d’accueil pour demandeurs d’asile de la Croix-Rouge de Manhay ont invité les anciens, organisant eux-mêmes la journée de bout en bout.
C’est, l’on s’en doute, avec beaucoup d’émotion que le personnel du centre revoit des visages, des sourires… Tant de déracinés arrivés un soir au centre d’accueil Des racines et des ailes, dans une indicible détresse et une grande souffrance, chassés de leur pays par la guerre, les persécutions, la misère, la faim, confrontés brutalement à une culture et des langues inconnues. Pris en main par la Croix-Rouge, rendus à leur dignité d’êtres humains, ils ont pu, peu à peu, retrouver la confiance et l’espoir d’un avenir.
Les étreintes chaleureuses et les embrassades s’accompagnent parfois de quelques larmes…, larmes vite séchées dans la joie partagée des retrouvailles. Les nouveaux, plus timides et réservés, s’étonnent… Il faut laisser du temps au temps.
La journée commence par un match de football qui restera dans les mémoires comme un pur moment de bonheur.
Football à Manhay

De part et d’autre du terrain, les artistes du ballon rond s’échauffent dans la bonne humeur – les anciens en maillot rouge, les nouveaux en maillot jaune. Les rires fusent.
Le terrain est en pente. On laisse au sort le soin de désigner le « mauvais » côté, celui qu’il faudra remonter : il échoit aux anciens… Les joueurs se donnent tellement à fond qu’il me vient à l’esprit que l’équipe nationale belge de football se porterait sans doute (un peu) mieux si elle s’inspirait de l’état d’esprit et de l’engagement de ces amateurs passionnés.
Vingtième minute : les nouveaux mènent par 6-0. Les anciens, en manque d’entraînement, sont essoufflés. Trentième minute : 9-0. Les anciens râlent, pestent, éclatent de rire, se trouvent d’inimaginables excuses ; certains abandonnent, mais reviennent bientôt.
L’arbitre, qui a oublié de mettre sa montre, siffle la mi-temps à l’heure de jeu ; lui aussi est écroulé de fatigue et, en outre, il court en sandales.
Après le repos, changement d’arbitre et rappel des règles. Ce qui n’empêche pas le 10-0 à la cinquantième minute. Mais que font donc les anciens ? Leur super coach entre en scène. « Allons les gars, vous n’avez plus qu’à descendre, nous allons égaliser, nous allons égaliser ! »
Cinquante-cinquième minute : 10-1 ! Le but est annulé pour hors jeu. Contestations énergiques auprès de l’arbitre. Les spectateurs se tordent de rire…, les joueurs aussi.
Soixantième minute : 11-5. Les anciens remontent (pas la pente). Soixante et une minutes de jeu : fin du match – la montre du nouvel arbitre, elle, marque trente minutes d’avance.
L’après-midi offre à tous un temps et un espace de liberté pour les rencontres choisies, les dialogues renoués, les échanges privilégiés.
Tout le monde se retrouve à 19 heures, pour un débat improvisé entre la direction et l’équipe du centre, les anciens et les nouveaux résidents. Un bref rappel de l’histoire du centre, une évocation émue des moments de bonheur, des heures difficiles aussi. Les remerciements que les anciens adressent au personnel sont spontanés et unanimes. Les encouragements qu’ils prodiguent aux nouveaux demandeurs d’asile aussi.
Une idée force s’impose : pour beaucoup de ceux qui ont séjourné dans ses murs, le centre est « la première maison », le lieu où l’on souhaite venir se ressourcer « quand on n’est pas bien dans sa tête ».
Un souper, préparé par les nouveaux résidents, est offert à tous. Un bal clôture la soirée en apothéose.
Le Centre a connu une superbe journée, riche de joie et d’émotions, marquée surtout par un immense élan de solidarité, venu du plus profond des cœurs battant à l’unisson.